Clarifier la situation conceptuelle de la mécanique quantique
à la lumière de la découverte du mode d'action
du Principe Moteur de l'Univers
La question de la causalité constitue un point de passage essentiel entre la réflexion philosophique et la physique théorique. Elle engage à la fois le statut des mathématiques, la portée des concepts physiques, et la possibilité d’une intelligibilité réellement objective du monde.
Je rappelle ici une définition centrale, qui oriente l’ensemble de la démarche développée ci-dessous :
“La causalité ne se réduit ni à un rapport entre antécédent et conséquent, ni à un simple principe d’intelligibilité. Elle est ce qui rend compte de l’existence des choses, de leur structure et de leur comportement. Car pour qu’il y ait un rapport réel entre antécédent et conséquent, il faut bien qu’une réalité se comporte effectivement de telle ou telle manière.”
Les mathématiques ne sont pas la métaphysique. Toutefois, le raisonnement mathématique peut véhiculer certaines idées métaphysiques et même les rendre explicites. Il existe donc plusieurs points de contact entre la philosophie et la science :
- La question des fondements de la connaissance, c’est-à-dire la nécessité de préciser ce que chaque science atteint de la réalité, du point de vue de ce qu’est cette réalité ;
- La dimension critique, présente à tous les niveaux, comme celle que je développe dans l’objection de la navette et du missile, ou celle mise en œuvre par Bas van Fraassen dans la vidéo que j’ai citée sur une autre page;
- La possibilité d’une rencontre pratique entre la philosophie et la science.
Une rencontre pratique est possible lorsque deux sciences, dans leur connaissance d’un même objet particulier, se découvrent complémentaires. Mais pour que cela soit réellement possible, les deux démarches doivent constituer une connaissance objective de la même réalité. Cette rencontre pratique entre la philosophie et la physique ne peut avoir lieu tant que la philosophie n’a pas identifié le mode d’action du principe moteur de l’univers. À partir du moment où ce mode d’action est identifié, nous entrons dans une nouvelle étape de la connaissance.
La mécanique quantique se caractérise par une efficacité opératoire remarquable, mais aussi par une persistance de confusions conceptuelles, liées au fait que ses notions fondamentales sont souvent employées sans distinction claire entre ce qui relève de l’opération de mesure, ce qui relève d’un raisonnement mathématique, et ce qui concerne l’ontologie effective du réel physique. La découverte du mode d’action du principe moteur de l’univers fournit un point d’appui décisif pour clarifier cette situation.
Cette découverte conduit d’abord à dissiper une opposition devenue classique mais trompeuse : celle entre localité et non-localité. Si l’on tient compte du mode d’action du principe moteur, on comprend que toute actualisation physique — tout événement réel — implique un aspect local. En revanche, ce qui n’est pas local, ce ne sont pas les événements eux-mêmes, mais les conditions relationnelles globales qui gouvernent leur possibilité et leur cohérence. La non-localité n’est donc pas une action à distance, mais l’expression de l’aspect relationnel du réel, pris dans son unité.
Cette clarification impose de distinguer rigoureusement ce que l’on peut atteindre dans une opération de mesure de ce qui se passe effectivement indépendamment de toute opération de mesure. La mécanique quantique décrit avec précision les conditions opératoires d’actualisation, mais elle ne décrit pas directement l’ensemble des déterminations réelles du monde. Confondre ces deux plans conduit à projeter des limitations opératoires sur l’ontologie elle-même.
La notion d’indétermination quantique illustre ce risque. Il faut préciser si l’on parle de ce qui peut être atteint simultanément dans une opération de mesure, ou de la structure relationnelle du réel. Sans cette distinction, on reporte sur l’ontologie des conclusions qui concernent en réalité le cadre opératoire de l’actualisation.
De même, certains raisonnements mathématiques de la mécanique quantique peuvent impliquer une certaine ontologie sans pour autant constituer l’ontologie elle-même. Le formalisme décrit des modalités du possible et des relations, mais il ne doit pas être confondu avec ce qui existe effectivement en acte.
Enfin, cette perspective éclaire la question de la dualité onde–particule. Historiquement formulée sur un mode ontologique, elle ne correspond pas à une dualité réelle. Il s’agit de deux aspects d’une même réalité physique. Selon les conditions de manifestation et de traitement expérimental, on peut approcher tantôt l’un, tantôt l’autre. L’opposition n’apparaît que lorsqu’on confond ces modes d’accès avec des réalités distinctes.
Ainsi, la découverte du mode d’action du principe moteur de l’univers permet de clarifier la portée conceptuelle de la mécanique quantique, en distinguant localité des événements et globalité des relations, opération de mesure et réalité effective, formalisme mathématique et ontologie. Elle ne modifie pas les résultats de la théorie, mais en éclaire l’intelligibilité.
Causalité efficiente et conditions ontologiques d’une rencontre pratique entre philosophie et physique
Cette clarification permet également de mieux situer le rôle respectif de la philosophie et de la physique théorique. La physique théorique peut être définie comme la recherche de la cohérence dans la structure et le mouvement du monde physique, à travers la détermination de proportions quantitatives et leur inscription dans un formalisme mathématique, afin de modéliser ce comportement sous forme de lois et d’en tirer des prédictions. Mais pour que ces lois aient une portée intelligible, leurs concepts premiers doivent déjà exprimer une certaine cohérence du réel. Une vision du monde — explicite ou implicite — est donc toujours à l’œuvre en amont du formalisme.
C’est à ce niveau que la philosophie peut jouer un rôle décisif. Si elle parvient à identifier des principes qui ne relèvent pas seulement de l’ordre de l’être ou de la pure intelligibilité, mais possèdent également une valeur d’efficience réelle, alors une rencontre pratique avec la physique devient possible. Cette rencontre ne consiste pas à imposer à la physique un cadre extérieur, mais à rendre explicites certaines conditions ontologiques sans lesquelles les concepts physiques perdent leur portée causale.
Une fois le mode d’action du principe moteur de l’univers identifié — ce qui peut être accompli aussi bien par la réflexion philosophique que par l’analyse physique, selon des démarches complémentaires — l’étape suivante consiste à en examiner les conséquences conceptuelles à travers des expériences de pensée. C’est à ce niveau qu’un premier système de pensée cohérent peut être formulé, permettant de renouer avec la physique de manière véritablement pratique. La question n’est alors plus de produire une théorie concurrente, mais de voir comment certains aspects de la physique théorique existante peuvent s’y intégrer harmonieusement : redéfinition de concepts, mathématisation, quantification, et opérations de mesure.
Dans ce cadre, la question de la causalité efficiente devient centrale. En philosophie réaliste, la causalité efficiente s'exerce soit en fonction de la matière et de la forme seules, soit également en fonction d’une autre causalité qui les actualise. Dès lors que la nécessité d’une cause non mécanique est démontrée, on est conduit à poser un principe distinct de la seule matière et de la seule forme. Se pose alors inévitablement la question difficile de son mode de présence au sein de la matière.
C’est précisément à ce niveau qu’intervient la notion de constituant. La matière et la forme ne peuvent y être séparées : un constituant est à la fois cause matérielle et cause formelle. Il est cause matérielle en vertu de son aspect potentiel — il est ici, mais pourrait être ailleurs — et cause formelle dans la mesure où l’action immanente et interrelationnelle du principe moteur s’exerce selon sa détermination propre. Cet aspect est absolument nécessaire, car sans lui il n’y aurait plus d’autonomie du monde physique en tant que monde de processus réels.
Toutefois, la cause formelle ne se réduit pas à la seule détermination du constituant pris isolément. Elle se trouve aussi dans l’unité d’action du principe moteur lui-même, laquelle établit, à l’échelle du monde physique, une harmonie constante entre toutes les modalités d’actualisation. C’est peut-être à ce niveau que la fonction d’onde peut être comprise comme exprimant un certain aspect de cet équilibre global : non comme une réalité ontologique autonome, mais comme une représentation formelle de la cohérence des possibles dans l’unité du réel. On peut alors comprendre comment la prise en compte, par le principe moteur, de différentes modalités d’actualisation n’abolit pas la liberté de chacun, mais l’intègre dans la cohérence de l’univers.
Cette perspective éclaire également la question de la réduction — ou de l’effondrement — de la fonction d’onde. L’unité du tout ne se réalise pas indépendamment des parties, mais en fonction de leur unité effective. C’est à ce niveau que la théorie quantique pourrait s’inscrire dans un cadre véritablement causal. Toutefois, avant de pouvoir comprendre pleinement le rôle éventuel de la gravité dans ce processus, il est nécessaire de définir la gravité elle-même dans son rapport à la masse au sein d’un tel cadre causal. En relativité générale, on affirme que la présence de la masse courbe l’espace, sans préciser comment cette courbure doit être comprise du point de vue de l’action réelle. Le mouvement y est décrit géométriquement, mais non pensé dans un cadre causal pleinement explicité.
On peut ainsi conclure que seule une approche réellement relationnelle de l’espace et du mouvement permet de rendre la physique compatible avec l’exercice réel des causes. Une telle approche ne remet pas en cause l’efficacité mathématique des théories existantes, mais en restaure l’intelligibilité ontologique, en distinguant clairement ce qui relève de la description formelle, de l’opération de mesure, et de l’action effective du réel.