Logique du tiers exclu et tiers inclus
discernement et sagesse
Une piste de travail non exhaustive, reliée à la recherche d'une théorie unifiée de l’univers
Cette page n’a pas vocation à être exhaustive. Elle vise à ouvrir une piste de réflexion : comprendre comment la logique du tiers exclu, la notion du tiers inclus et la notion de tiers caché peuvent s’articuler dans une approche relationnelle du réel, et comment cette articulation rejoint à la fois certaines intuitions de la physique contemporaine et ma propre démarche fondée sur l’analyse causale.
Sommaire
- La logique classique : fondement indispensable
- Ma découverte progressive du tiers inclus
- Physique quantique : tiers inclus et médiation relationnelle
- Le principe moteur comme tiers caché réel
- Réalité et réel : niveaux d’intelligibilité
- Rationnel, rationnalisable et transdisciplinarité
- Convergence avec mon approche causale
- Discernement, sagesse et responsabilité
- Postulat conceptuel et système de pensée
- Illustration rôle du feminin et du masculin - Basarab Nicolescu
1. La logique classique : fondement indispensable
Dans la logique d’Aristote, on distingue trois principes fondamentaux : le principe d’identité (tout ce qui est, du fait même qu’il est, est un), le principe de non-contradiction (on ne peut affirmer et nier une même chose, d’une même réalité, sous le même rapport), et le principe du tiers exclu (entre A et non-A, il n’y a pas de troisième possibilité).
Ces principes fondent toute pensée rigoureuse. Au niveau des phénomènes locaux, déterminés et mesurables, ils demeurent indispensables : sans cette logique, aucune démarche scientifique cohérente n’est possible.
2. Ma découverte progressive du tiers inclus
J’avais autrefois entendu parler du principe du tiers inclus sans y attacher d’importance, pensant qu’il tentait de fragiliser une logique bien établie. Ce n’est que récemment, en écoutant des interventions de Basarab Nicolescu, que j’ai compris l’importance de ce principe, précisément parce qu’il ne s’oppose pas au tiers exclu : il se situe à un autre niveau.
Autrement dit, la logique du tiers exclu demeure pleinement valide pour les états locaux. Le tiers inclus vise la médiation par laquelle des oppositions peuvent être pensées dans une unité plus profonde, sans confusion des plans.
3. Physique quantique : tiers inclus et médiation relationnelle
En physique quantique, l’intrication met en évidence qu’on ne peut pas toujours considérer une particule indépendamment d’une autre. L’état de A peut être fonction de l’état de B. Localement, une mesure donne un résultat déterminé : la logique du tiers exclu demeure valide. Mais globalement, A et B forment un système dont la cohérence ne se laisse pas réduire à une juxtaposition d’éléments isolés.
Dans cette configuration, on peut dire que la relation A-B joue un rôle de tiers inclus pour A : pour comprendre A, il faut parfois considérer B. Toutefois, cette médiation relationnelle appelle une question plus profonde : qu’est-ce qui fonde l’unité du système ? C’est ici qu’intervient pour moi la notion de tiers caché.
4. Le principe moteur comme tiers caché réel
Dans ma perspective, le principe moteur joue précisément le rôle de tiers caché réel : il fonde la cohérence des relations sans se réduire à une force mécanique ni à un objet parmi d’autres.
Je peux alors préciser l’articulation telle que je la comprends :
- B en considération de sa relation avec A peut être tiers inclus pour A, (A dans certaines de ses caractéristiques peut dépendre de sa relation à B).
- Mais B ne peut jouer ce rôle que grâce à un tiers caché qui fonde l’unité et la cohérence du système.
- Ce tiers caché correspond, dans mon approche, au principe moteur agissant de manière immanente et par interrelation selon la détermination des éléments.
Le tiers inclus relève donc du plan des relations observables ; le tiers caché relève du plan ontologique fondamental. Le tiers inclus se manifeste dans les dépendances ; le tiers caché en est la condition.
5. Réalité et réel : niveaux d’intelligibilité
Cette articulation rejoint une distinction importante proposée par Basarab Nicolescu entre la réalité et le réel. La réalité désigne ce qui résiste à nos représentations, à nos modèles et à nos constructions : c’est le domaine objectivable et testable. Le réel renvoie à la profondeur ultime de ce qui est, qui ne se laisse jamais épuiser par nos descriptions.
Nicolescu ne se satisfait pas d’une conception où le réel serait seulement « voilé » et donc fondamentalement inaccessible. Pour lui, le réel est structuré : il existe des niveaux de réalité séparés par des ruptures de lois, mais ces niveaux demeurent en interdépendance. Il faut donc une médiation pour penser les relations entre niveaux sans les confondre : c’est précisément le rôle du tiers inclus, et, plus profondément, du tiers caché.
6. Rationnel, rationnalisable et transdisciplinarité
Dans cette perspective, la transdisciplinarité ne consiste pas à mélanger les disciplines, mais à faire émerger une méthodologie du discernement, capable d’articuler des niveaux d’intelligibilité sans confusion.
Une distinction essentielle intervient alors : celle du rationnel et du rationnalisable. Tout ce qui est rationnel n’est pas entièrement rationnalisable. Le rationnel authentique doit laisser place au mystère, non pas pour renoncer à la rigueur, mais pour éviter la démesure intellectuelle.
La spécialisation à outrance, lorsqu’elle fait perdre la perception profonde des choses, peut conduire à une perte du sens, à des dérives formelles et, au bout du compte, à des formes de destruction de l’homme par un pouvoir et a un savoir sans sagesse.
7. Convergence avec mon approche causale
Pour ma part, je suis arrivé à une architecture proche par une autre voie : l’analyse causale inspirée d’Aristote, poussée jusqu’au bout sur la question de la cause efficiente dans le monde physique. Cette démarche m’a conduit à reconnaître qu’un événement local ne se suffit pas à lui-même : il s’inscrit dans une cohérence relationnelle plus vaste.
Le principe moteur fonde cette cohérence : il unifie sans réduire, oriente sans contraindre, et rend possible l’articulation entre le tiers exclu (rigueur locale) et le tiers inclus (médiation relationnelle), sur le fondement du tiers caché (unité ontologique).
8. Discernement, sagesse et responsabilité
Sans tiers exclu, la pensée se dissout. Sans tiers inclus, elle se rigidifie. Sans tiers caché, elle se désoriente. Le discernement consiste à savoir à quel niveau on se situe ; la sagesse consiste à ne pas absolutiser un niveau au détriment des autres.
Une connaissance authentique maintient l’harmonie entre compréhension, pouvoir et sagesse : elle respecte le mystère sans renoncer à la rigueur, et demeure au service de l’homme plutôt qu’au service d’une maîtrise aveugle.
9. Postulat conceptuel et système de pensée
Je peux enfin ajouter une remarque importante : la notion de postulat conceptuel. Dans mon travail, j’ai été conduit à formuler un postulat fondamental à partir duquel il devient possible de construire un système de pensée cohérent. J’ai développé cette idée de manière encore embryonnaire dans mon livre A la recherche de la théorie de l'Univers et mon livre Fondements conceptuels et théorie.
Un postulat conceptuel n’est ni une hypothèse arbitraire, ni un simple modèle provisoire : il vise une cohérence d’ensemble, en articulant analyse causale, faits scientifiques et exigences philosophiques. Il permet par exemple d’organiser les concepts fondamentaux (espace, temps, masse, inertie, causalité, relation, actualisation) en un tout intelligible, sans prétendre épuiser le réel.
Cette démarche peut être comprise comme un élément de méthodologie transdisciplinaire : elle respecte l’autonomie des disciplines, tout en cherchant un principe d’articulation capable d’éviter à la fois le réductionnisme et la simple juxtaposition. Elle maintient ainsi l’équilibre entre rationnel, rationnalisable et mystère, condition d’une connaissance à la fois rigoureuse et respectueuse de la réalité dans toute ses dimensions.
10. Illustration rôle du feminin et du masculin - Basarab Nicolescu